© 2014 Camille Sarda

 

 

Montréal

 

Montréal sur le chemin de Saint Jacques 

 

 

" De nombreux indices témoignent du passage à Montréal de l'Aude, depuis plusieurs siècles, des pélerins en route vers St Jacques de Compostelle.

Le village possède d'indéniables atouts qui, de tous temps, ont attiré les randonneurs. Le premier est sa position stratégique avec une vue panoramique sur la plaine du Lauragais, depuis Castelnaudary jusqu'à Carcassonne, les hauteurs de la Montagne Noire avec ses places fortes, le massif de la Malepère, dont les bois regorgent de légendes et de mystères.

La masse impressionnante de l'église de Montréal, érigée en collégiale en 1318, visible à plusieurs lieues à la ronde, est un point de repère facilement identifiable pour tous ceux qui se déplacent dans la région. On la distingue même très nettement en se promenant sur les remparts de la Cité de Carcassonne. Pendant longtemps, Montréal fut, par l'importance de sa population, la seconde ville du diocèse. Le collège des chanoines, présent durant plus de quatre siècles, a favorisé l'essor culturel de la communauté et animé la vie du village, ce qui ajoutait à son prestige. Il est donc naturel que les pélerins s'y soient arrêtés pour prendre un peu de repos, mais aussi pour se ressourcer spirituellement.

 

Une chapelle de la collégiale, actuellement nommée chapelle du Rosaire, était consacrée à St Jacques, comme le témoigne la visite de l'évêque en 1616. C'est là que se célébraient les messes de l'hôpital Notre Dame de Grâces de Montréal. La clé de voute de la chapelle représente des coquilles St Jacques.

 

Un autre lieu privilégié de Montréal était le quartier Saint Antoine, proche de l'actuelle chapelle Notre Dame des Anges, dont la construction date seulement de 1783. Le centre en était la commanderie Saint Antoine, avec sa chapelle détruite au cours des guerres incessantes qui ont opposé, de 1562 à 1598, Catholiques et Protestants ("Religionnaires" ou "Huguenots") et anéanti le village, notamment en brûlant les maisons et les églises. Les Antonins étaient déjà établis dans cette commanderie en 1463. Chassés du village pendant les guerres de religion, ils y ont conservé un fief jusqu'en 1772. Cet ordre religieux, né au 11e siècle, avait pour vocation de venir en aide aux malades atteints du "mal des ardents" ou "feu sacré" (provoqué par l'ergot du seigle après des étés humides). Après le déclin de cette maladie, ils ont continué à soigner les malades victimes de la peste ou autre fléaux fréquents à cette époque. Les communautés d'Antonins étaient nombreuses sur les chemins de St Jacques, car les pélerins étaient très vulnérables en raison, notamment, des conditions d'hygiène rudimentaires auxquelles ils étaient confrontés, mais aussi de la nourriture qu'ils pouvaient se procurer, particulièrement le pain de seigle qui était souvent le seul pain disponible pour les étrangers, mais à l'origine du "mal des ardents".

 

Un magnifique témoignage du culte porté à St Jacques à Montréal est une croix sculptée en pierres, datée de 1634, représentant au recto le Christ, au verso un pélerin de Compostelle avec son chapeau caractéristique aux bords relevés, son manteau et ses coquilles. Jusqu'au milieu du 20e siècle, cette croix était fixée au-dessus de la porte d'entrée de l'école des Frères des Ecoles Chrétiennes, autrefois grenier du chapitre des chanoines. Un violent coup de vent l'a fait tomber et elle s'est brisée. Où se trouvait-elle primitivement ? Nul ne le sait, mais il est vraisemblable qu'elle était un repère important pour les pélerins de St Jacques, peut-être dans le quartier St Antoine. Actuellement, elle est exposée à la collégiale, dans la chapelle des Fonts Baptismaux. Cette croix commémore sans doute le renouveau spirituel du village après les multiples épreuves subies au cours des siècles précédents."

 

François ROLLAND